L'Antoinisme


Implanté essentiellement en Belgique et en France, l'Antoinisme peut se définir comme un mouvement religieux relativement récent. Bien qu'il soit répertorié parmi les sectes par le Rapport Parlementaire de 1995, il n'en présente aucune caractéristique.


Mouvement original par son organisation et son style de religiosité, il se caractérise par sa discrétion, sa tolérance, et son absence de prosélytisme.


Centré sur l'individu, c'est avant tout une religion de guérison.


I – AUX ORIGINES


Le fondateur de l'Antoinisme Louis-Joseph ANTOINE est né Belgique, en 1846, dans une famille nombreuse de houilleurs. Elevé dans la religion catholique, le jeune homme rêvait de devenir médecin. Engagé comme ouvrier métallurgiste, sa quête spirituelle l'amène à douter des vérités spirituelles et de l'existence réelle des choses. Il épouse Catherine Collon en 1873 et s'installe à Jemeppe.


Dans son malaise existentiel il fréquente des médiums et s'enthousiasme pour les écrits d'Allan Kardec. Maîtrisant bien la doctrine spirite il développe ses dons de médiums, et expérimente l'écriture automatique. Avec des proches il fonde une association "Les Vignerons du Seigneur" qui sera l'organe de l'Antoinisme.


En 1893 son fils unique âgé de 20 ans meurt. Il rompt définitivement avec le christianisme et devient magnétiseur. Il organise des séances publiques de guérison pendant lesquelles entrant en transe, il interroge les esprits et communique avec l'outre-tombe. Pour soulager les souffrances il impose les mains et distribue des médicaments de sa composition et du papier magnétisé.


Après 1900 grâce à la lecture d'un spirite français Léon Denis, il modifie sa pratique. Il abandonne l'imposition des mains et les posologies au profit du recueillement et du silence pour faire descendre le fluide régénérateur sur la cause du mal.


S'écartant du spiritisme, il élabore sa propre doctrine qui propose un système d'interprétation de l'homme, du cosmos et de la maladie. Il revêt le costume noir et se fait appeler "le Père". Le 15 août 1910, il consacre son temple et instaure le rite. Le culte antoiniste est né. Les adeptes qui le veulent peuvent s'engager en prenant le costume.


Avant de mourir, il nomme un Conseil de fidèles chargés de gérer le mouvement naissant et annonce que son épouse dite "la Mère" sera son héritière spirituelle. Il se "désincarne" le 25 juin 1912, date qui devient la plus grande fête antoiniste.


A la mort du Père on comptait environ un millier d'adeptes costumés. Sous la direction de la Mère, la communauté connaît un certain essor. En 30 ans, 26 temples seront ouverts en Belgique. Bien qu'illettrée, l'épouse de Louis ANTOINE réussit à institutionnaliser le mouvement et à en faire un culte centralisé. Elle sacralise les écrits et la personne du Père Antoine, qui depuis pour les antoinistes, se confond avec le Père spirituel.


II – L'IMPLANTATION


Le culte antoiniste s'est installé en France à partir de 1910, en priorité dans les villes thermales. Mais l'implantation ne semble pas sous tendue par une stratégie déterminée car les antoinistes ne prévoient ni missionnaires ni propagande.


Aujourd'hui il est le plus représenté en Belgique (58 temples) et en France (36 temples) essentiellement au Nord, auxquels s'ajoutent 94 salles de lecture, embryons de futurs temples. On estime à 80 000 le nombre de personnes accueillies en France ; 250 pour celles fréquentant le temple de Roanne ; ??????????? à Lyon.


Quelques temples ont été installés en Angleterre, Allemagne, Italie, Luxembourg, Pologne, Congo, Australie, Brésil.



III – LA DOCTRINE


La pensée de Louis Antoine s'est élaborée à la jonction des courants spirituels et philosophiques de son époque. Les notions de base sont empruntées à Allan Kardec et sans doute aussi à Bergson dont les idées circulaient dans les milieux préoccupés de spiritualité. La doctrine récupère pour les recycler les symboles judéo-chrétiens ainsi que de nombreuses paroles du Christ.


1 – La dualité. Il existe deux mondes : l'un matériel ou "corporel", c'est celui de "l'intelligence". Il n'est pas réel mais illusoire car fruit de l'imagination et des sens, sources d'erreur. L'autre, l'univers spirituel est le fait de la "conscience" (Dieu en nous). Il se découvre par l'inspiration.


L'homme se situe entre les deux. Il est tiraillé par le conflit entre son "moi intelligent" et son "moi conscient". Ses fonctions psychologiques (volonté, pensées) sont des fluides qui l'entraînent soit vers la concupiscence du premier soit vers la spiritualité du second.


2 – le travail moral consiste à faire que la "conscience" surmonte "l'intelligence pour vaincre l'illusion. Afin de "progresser moralement" il faut analyser ses pensées pour se dégager de l'emprise de "l'intelligence" et de l'apparence de la matière. C'est dans la méditation et le recueillement que l'homme peut purifier ses fluides. Ce travail repose sur deux vertus : la foi au Père et l'amour du prochain.


3 – La réincarnation. La progression morale ne s'effectue pas en une seule vie. Elle nécessite une succession de réincarnations : l'esprit qui est en nous doit transmigrer de corps en corps (d'une illusion à l'autre). Chaque vie est la conséquence des précédentes selon que notre esprit s'est purifié en se rapprochant de la conscience ou s'est attachée à la matière. La réincarnation antoiniste ne passe donc pas par le règne animal.


La mort n'existe pas, la vie corporelle étant une illusion. Après notre désincarnation nous choisissons une autre vie comportant les épreuves méritées dans la précédente et susceptibles de purifier nos fluides.


4 – La maladie et les épreuves jouent un rôle initiatique. Elles sont une chance pour progresser moralement. Nous surmontons l'épreuve si nous acceptons de l'utiliser pour la purification de l'être et ainsi atteindre la perfection. "L'épreuve est le seul remède qui peut nous purifier".


Le mal n'existe pas. C'est l'illusion de la matière qui crée la souffrance ; la foi antoiniste la supprime. La souffrance étant le fruit de nos erreurs, l'épreuve se conçoit comme une dette à payer.


A l'origine, la défaillance d'Adam a consisté à se détourner de l'inspiration divine et à porter de l'intérêt au serpent représentant la matière-illusion. Dès lors Adam a cru qu'il avait un corps. Cette illusion de l'être incarné constitue l'acquisition de la "la vue du mal" pour toute l'humanité, c'est-à-dire la croyance en la matière. Toute maladie a pour cause cette "vue du mal". Le travail moral nous fait sortir de cette illusion. L'arbre de la Genèse, rebaptisé "l'arbre de la science de la vue du mal" constitue l'emblème de l'antoiniste.


Dans tous les cas, nos semblables (nos ennemis) par qui nous vient l'épreuve, nous donnent l'occasion de nous purifier. Pour cette raison nous devons les aimer.


5 – Le fluide. Cette notion est omniprésente dans la doctrine antoiniste. C'est le principe fondamental qui régit le fonctionnement du cosmos. Il se trouve à l'origine de l'univers et à celle de tout individu. Il existe des fluides "éthérés", spirituels et d'autres plus "grossiers", lourds car fruits des mauvaises pensées. Nous manions les fluides proportionnellement à notre avancement moral.


Toute pensée, toute parole, toute entreprise humaine, tout lien social est un fluide. C'est l'élément fondamental des rouages sociaux. Les fluides peuvent s'analyser, se purifier par la méditation. Le bon fluide est donné par le Père ; il s'acquiert par la prière et la bienveillance envers autrui.


Le fluide est contagieux. Il peut se transmettre et contrecarrer l'adversité. C'est un agent thérapeutique. Il intervient comme une force divine qui régénère la conscience et le corps. C'est tout l'objet de la cure antoiniste.


Certains des servants attirent mieux que d'autres "le bon fluide". La tribune du temple est considérée comme le lieu le plus fluidique.


6 – Le salut : retour de l'unité


Il n'existe pas de Dieu transcendant extérieur à l'homme : ce serait le produit de "l'intelligence". Le principe divin est fragmenté en de multiples parcelles de conscience divine qui habitent les hommes et œuvrent ensemble à créer l'unité du cosmos : le vrai Dieu qui est amour.


L'être suprême n'a rien disposé pour que nous allions vers lui, sinon nous lui serions redevables. Au contraire, il nous prouve son amour en nous accordant la liberté du progrès moral et le pouvoir de nous sauver nous-mêmes.


Il ne faut donc rien attendre de Dieu. Tout se conquiert par une ascèse personnelle et ne dépend que de notre volonté à manier les bons fluides. L'Antoinisme ne comporte aucune restriction morale, l'inspiration née de la méditation suffit.


7 – Les autres religions


La personne du Père Antoine, quasiment divinisée, seul objet de vénération des adeptes, est considérée tantôt comme une réincarnation du Christ, tantôt comme celui qui doit achever sa mission. Le Père est le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes, et c'est lui qui apporte la Révélation complète.


Cependant l'Antoinisme affiche une solidarité envers toutes les religions, car elles permettent le détachement de la matière. La perfection viendra lors des incarnations futures. Cette perspective donne à l'Antoinisme une relative tolérance par rapport aux autres religions ainsi qu'une absence du désir de convertir. La doctrine n'interdit pas aux adeptes la fréquentation des autres religions mais recommande de se méfier de qui voudrait les convertir à un autre culte.


l'Antoinisme respecte mais relativise les lois humaines : elles reposent sur les sciences de "l'intelligence", et accumulent des fluides lourds.


IV – LA VIE SPIRITUELLE


1 – Le temple


C'est un lieu de recueillement et de silence. Une tribune de deux étages fait face à l'auditoire. La plus haute est réservée au Desservant, l'autre au Lecteur. L'intérieur est peint en vert, couleur de la réincarnation.


Sur le mur surplombant la tribune est inscrit le texte majeur du Père Antoine : "l'auréole de la conscience". Au-dessous sont affichées la photo du Père et celle de la Mère, ainsi que l'image de l'emblème. Une salle de consultation permet l'accueil des patients pour la cure.


2 – Les rites


L'office antoiniste est un rite d'intercession et de transmission du fluide


- Le travail moral s'accomplit pendant l'Opération Générale qui a lieu 5 jours par semaine à 10h. Ce culte (10 mn) est dépouillé de tout ce qui se rapporte à "l'intelligence" (musique, chant, enseignement). L'opération est faite par le Desservant qui se concentre pour demander au Père de répandre le bon fluide sur l'assistance. Puis un Lecteur lit un passage d'un ouvrage du Père. L'Opération se termine par la formule "Au nom du Père, merci". Le Desservant rejoint alors le cabinet de consultation où il reçoit les patients en privé.


- Les mêmes jours, à 19h a lieu le rite de "la lecture". Il s'agit de la lecture d'un passage de "l'Enseignement". C'est un moment d'instruction et de transmission du fluide.


- Le calendrier festif est calqué sur celui de la religion catholique (par solidarité). Le 15 août, la Toussaint, le jour de Noël, le dimanche de Pâques et l'Ascension sont des jours de fête. L'Opération est la même que les autres jours. Les 3 novembre et 25 juin est fêtée la Commémoration de la Mère et celle du Père. Ces jours-là, l'emblème en métal est sorti de son étui et montré aux fidèles.


- Les baptêmes et mariages consistent en une "élévation de pensée" par le Desservant dans le cabinet de consultation après l'Opération Générale.


- Les rites funéraires sont appliqués à la demande de la famille. Ils aident l'esprit du désincarné à commencer une autre incarnation. Des lectures sont faites à la maison mortuaire et sur le lieu d'inhumation. L'emblème est porté en tête du cortège mortuaire par un adepte costumé.


3 – La cure


Au patient qui vient consulter un guérisseur antoiniste on proposera un "cure spirituelle" qui visera à guérir "plaie de l'âme pour réparer le corps". L'évolution vers la guérison se fait par l'acceptation de l'épreuve et par la découverte de sa cause illusoire.



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